vendredi 23 septembre 2016

Intension (YI) et Rétrocausalité... la mémoire du futur

Un jour, mon professeur me dit : " En Wing Chun, si tu ne veux pas te fatiguer, le secret est que tu dois déterminer une cible (sur le corps de l'adversaire) et te laisser aspirer par elle. Tu poses ton Yi (ton intention) sur un endroit du corps de l'autre et quoi qu'il arrive comme obstacle, tu seras aimanté vers cette cible. ".
J'arrivais en fin de formation de base dans ce style de kung fu et je sentis que derrière cette suggestion s'ouvrait un nouveau monde. J'entrais dans l'aspect impalpable de l'art martial dont témoigne nombre d'experts. J'avais déjà une expérience de l'aspect " énergétique " des choses, mais cette notion du dépôt de l'intention, comme un vent puissant, me poussait dans le dos jusqu'au bord d'une falaise du haut de laquelle je devais me lancer.
Les années de pratique passèrent et ce concept d'intension déposée devint une réalité. Déposer puis laisser faire en se mettant à disposition, les deux étapes du processus. Mais tout cela n'était-il pas juste une auto-suggestion, un auto-conditionnement si fréquent dans les arts martiaux où la pensée " magique " et toutes ses dérives ont tendance à s'installer ?
Bien qu'étant avant tout kinesthésique, la théorie est pour moi très importante dans ma démarche d'étude martiale. Ora at labora (prie-étudie et travaille) précepte des alchimistes que j'ai adopté depuis bien longtemps. Mais où trouver cette théorie qui me permettrait de comprendre ce qui se passe ? Rien de ce que j'avais lu ou entendu n'était convaincant.
Et puis un jour, j'ai découvert un livre où était expliquée la théorie de la double causalité et qui éclairait définitivement ce qui était encore obscur pour moi. Il s'agissait de " La route du temps " de Philippe Guillemant (http://guillemant.net/ et http://www.doublecause.net/index.php?page=critiques.htm). Pour faire simple, Philippe nous explique que nous sommes influencés par notre passé mais aussi par notre futur déjà réalisé. En effet, nos intensions sont déposées dans notre futur et celles-ci vont devenir les causes d'évènements dans notre présent : une sorte de rétrocausalité.
Dans le chapitre intitulé " Laisser agir ", Philippe Guillemant fait référence au livre " Le zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc " d'Herrigel. Phillipe analyse le propos d'Herrigel qui explique que dans son apprentissage du tir à l'arc, bander son arc lui pris des années d'apprentissage et qu'il lui fallut bien plus de temps encore pour arriver à décocher correctement sa flèche. Philippe paraphrase Herrigel en disant que le professeur réussit à tirer en atteignant un stade de lâcher prise lui donnant la sensation que quelque chose tire à sa place (La route du temps, p.130, 2010).
Et Philippe ajoute : " Le rôle de l'excellent tireur se limiterait ainsi à préparer le geste en positionnant le corps, après l'avoir débarrassé du mental, de façon à " laisser agir " comme si une autre entité, partant de la cible parfaitement atteinte pour remonter à l' " acte juste " au point de départ du tir, prenait le relais. ".
Et là tout s'illumina pour moi !
Au début des années deux mille, Youtube mit à disposition des centaines de vidéos. Enfin, on pouvait voir ce dont on avait entendu parler et qu'on rêvait de voir en vrai : les vieux maîtres d'arts martiaux.
Sans modération, je m'adonnai au visionnage de tout (ou presque) ce qui était disponible au sujet des maîtres sur lesquels j'avais lu des tas d'articles.
En m'attardant sur les vieux pratiquants de Taichi, de Xing Yi et de Bagua, je remarquai qu'à certains moment, ils s'arrêtaient dans la pratique de leurs enchaînements. Un peu comme si ils cherchaient à se remémorer les bons mouvements. J'avais mis ça sur le compte de la vieillesse. C'est petits vieux avaient des trous de mémoire ! Décrépitude !
Mais sous l'intense soleil du propos de Philippe Guillemant, ma vision se transforma radicalement ! Ces maîtres qui pratiquaient de puis des décennies et qui offraient encore et encore leur savoir nous démontraient ce qu'est un geste juste. Emettre une intension, se mettre à disposition par une attitude juste et attendre la réponse qui nous revient comme un échos du futur. Leurs moments de pause n'était pas des trous de mémoire mais une attente méditative !

Et pour enfoncer le clou, Philippe donna une conférence " La rétrocausalité dans l'acte juste " dont les folders sont disponibles sur le web (https://www.google.be/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=2&ved=0ahUKEwienqvBuKXPAhUMDsAKHUKFBMgQFggkMAE&url=http%3A%2F%2Fdecision.ressourcesvolley.com%2Fmartinez%2Fla-r-trocausalit-acte-juste.ppsx&usg=AFQjCNHsWZPaBbwK3YcRifGwmivMpSRJDw&sig2=D3GrGRazkI5jBN95Krcq4A&cad=rja)

Voici une des images présentées. Elle résume parfaitement cette boucle :


Ce que nous exposaient les anciens textes sous des propos parfois très imagés et incompréhensibles était là devant mes yeux clairement montré !
Ne restait plus qu'à pratiquer, pratiquer et encore pratiquer... Chaque posture, chaque geste s'inscrivit dans un éternel présent, dans le temps vrai comme dit Philippe. Rien n'était plus pareil car à chaque fois complètement neuf. Et le chemin continue...

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