lundi 7 novembre 2016

LA SOUSTRACTION

L’art de la soustraction est généralement un état difficilement accessible aux personnes qui découvrent la Biodynamique sensorielle. Pourtant, user de cette possibilité permet de révéler une grande sensibilité et de développer une certaine puissance physique.
En quoi consiste cette démarche qu’est la soustraction ? Celle-ci se déroule sur deux plans : le mental et le corps.
Lorsqu’on observe un combat entre deux artistes martiaux, ils répondent très souvent à une représentation du guerrier agressif aux qualités mentales et physiques hors normes. Bref ce sont des athlètes capables d’exploits démesurés et toujours en préparation d’une compétition (fictive ou réelle) à gagner, d’un défi à relever. Le parallèle avec l’athlétisme est frappant et nous démontre que de façon générale la confusion entre arts martiaux et sports existe.
Mais avez-vous déjà touché les bras d’un vieux maître ? Ou avez-vous déjà subi une technique réalisée par le même expert ? Trois choses apparaissent immédiatement. Il est insaisissable, toujours le plus rapide et il est capable de développer une puissance physique extraordinaire. Tout cela avec une sérénité, une douceur, une décontraction et souvent un humour qui plonge le partenaire dans un état vacillant entre la frustration, la désorientation, la joie de la découverte et l’admiration devant la présence fulgurante d’un vieux bonhomme n’ayant plus rien à prouver.
Ne plus rien avoir à prouver, voilà peut-être bien une clé permettant d’accéder à cet état démontré par ces pratiquants âgés. On pourrait comparer la démarche des pratiquants d’arts martiaux plus jeunes au rituel reproducteur des animaux. Dans cette compétition pour la vie, il s’agit avant tout et surtout de montrer des qualités de champion. Ce rôle est généralement joué par le mâle. Chez l’humain et, dans les arts martiaux en particulier, alors que la place est déjà occupée par les hommes, les femmes, par mimétisme, endossent  une attitude « machiste » similaire. Elles en arrivent à oublier leurs spécificités et se mettent à fonctionner selon un modèle psychosomatique masculin caricatural. On voit alors apparaître chez tous des comportements de violence « arrogante » où l’agressivité est confondue avec la détermination. Il suffit de regarder les magazines spécialisés pour se rendre compte de l’attitude proposée aux lecteurs désireux de se perfectionner dans les techniques de self-défense. Il s’agit tout bonnement et tout simplement d’être plus « percutant », plus destructeur que son agresseur.
Une autre démarche est possible. Comme nous en avons parlé ci-dessus, les vieux maîtres la démontrent. Être avec le partenaire. Accepter de le suivre. Accepter que ce soit lui qui déclenche notre technique. Se mouvoir à la vitesse relative nulle c’est-à-dire que le partenaire est le train et que nous sommes le passager. Nous bougeons avec lui et donc notre vitesse, notre direction et l’intensité de notre force sont calquées sur les siennes. Pour cela, il est capital de n’avoir aucun a priori. Il n’est absolument plus question d’imposer un point de vue, mais d’écouter attentivement. Notre corps et notre esprit deviennent une matrice capable de recevoir les sollicitations du partenaire.
Ne pas savoir ce que va faire l’autre, et, donc ne pas anticiper l’élaboration d’une technique nécessite une mise à nu. Arrêter de se cacher derrière des concepts de performance, d’image de soi idéalisée et accepter cette vulnérabilité c’est laisser la vie que nous sommes s’exprimer. Porter un masque et mobiliser de l’énergie pour entretenir les contrôles se traduit par une rigidité mentale et cadavérique. L’état reconnu de vulnérabilité et d’incertitude confère à l’être une liberté d’action épanouissante. Point question de s’écraser, de se soumettre en s’appropriant une attitude de victime. Oser juste être là sans attente mais pleinement vigilant, dépouillé de toute revendication, de tout schéma préconçu libère un potentiel créateur.
Pratiquer par soustraction, c’est revenir à un mouvement spontané où les muscles sont relâchés. C’est désapprendre les comportements stéréotypés acquis depuis l’enfance afin de mobiliser les énergies habituellement disparates ou embouteillées dans les tensions mentales et physiques. Force est de constater qu’une fois ce mode de fonctionnement intégré, la pratique n’est plus limitée à la salle d’entraînement mais devient constante.
Pourquoi se battre contre la force de pesanteur par des tensions et des déformations alors que se laisser aller en respectant les impératifs anatomiques imposés par la nature nous procure et enracinement et puissance d’élévation ? Lors d’une application martiale, pourquoi essayer de se dégager avec violence d’une saisie de poignet alors que l’accepter permet d’écouter l’autre et nous aide à « communiquer » avec son centre de gravité ?
Être en permanence dans le fonctionnement par soustraction demande à l’Homme de ressembler à un bol. Celui-ci ne peut être rempli que s’il est d’abord vidé. 
Vidé de ses fioritures égotiques, le pratiquant s’étant découvert être osera être. Ni plus, ni moins.

 Sensei Tetsuzan Kuro : La soustraction dans sa perfection

Lorsque " je " n'est plus alors " Je SUIS "

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